[ Regards croisés ] … en Italie
Ce que l’Italie nous apprend sur la mobilité hydrogène
Dans le cadre de nos échanges avec nos voisins sur les dynamiques de la mobilité hydrogène, nous avons rencontré Matteo Beccuti, CEO chez Envipark le parc technologique de Turin dédié à l’innovation environnementale. Son regard sur la structuration de la filière italienne nous donne des repères utiles pour tous les acteurs engagés dans cette transition.

La mobilité hydrogène ne se construit pas en silos. C’est l’un des enseignements les plus clairs qui ressort de l’expérience d’Envipark, acteur singulier dans l’écosystème transalpin. Structure neutre, ni opérateur industriel ni fournisseur de technologie, Envipark joue depuis plusieurs années le rôle de plateforme de mise en relation entre la recherche, les entreprises, les institutions et les utilisateurs finaux. « Notre particularité réside précisément dans notre capacité à nous situer au carrefour de différents mondes : innovation, industrie, énergie, mobilité et politiques publiques », explique Matteo Beccuti. « Pour nous, l’hydrogène n’est pas un slogan technologique, mais une trajectoire de développement industriel à faire progresser grâce à l’expérimentation, aux compétences et à des partenariats solides. »
D’une phase d’études à celle de la réalisation
Dans la région du Piémont
En Italie, la filière de la mobilité hydrogène a longtemps avancé à un rythme prudent. Mais le contexte a changé. Dans le Piémont, des projets localisés émergent désormais sur des axes stratégiques pour le transport lourd et la logistique, notamment autour de Tortona, Arquata Scrivia et Casale Monferrato. Les premières stations italiennes, portées dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR), ont franchi les étapes d’identification de sites et d’implication des opérateurs. Leur ouverture est attendue dans les prochains mois.istribution.
Dans la région de Milan
La région de Milan est un pôle naturel pour la mobilité à l’hydrogène, en raison de la densité du trafic, de la présence d’opérateurs énergétiques et d’infrastructures, ainsi que de son rôle dans les liaisons logistiques du nord de l’Italie. Mais ce qui est intéressant, ce n’est pas Milan seule: c’est la possibilité de construire un système Nord-Ouest.
« Milan peut apporter le marché, les réseaux et les infrastructures; Turin et le Piémont apportent les compétences industrielles, automobiles, en matière de composants, de recherche appliquée et d’expérimentation technologique. Ce sont des profils différents, mais très complémentaires. C’est pourquoi nous regardons avec intérêt les connexions entre Milan, Turin, Alexandrie, Tortona, Gênes et les corridors européens. La mobilité à l’hydrogène pourra se développer si ces zones parviennent à réfléchir ensemble, non pas dans une optique de concurrence territoriale, mais d’intégration des fonctions: logistique, industrie, énergie et innovation », complète Matteo Beccuti.

Trois leviers pour accélérer le mouvement
Interrogé sur les priorités pour accélérer la diffusion de la mobilité hydrogène en Italie, Matteo Beccuti identifie trois leviers complémentaires, dont la pertinence dépasse largement les frontières italiennes.
Le premier est le ciblage des applications. « L’hydrogène ne doit pas être présenté comme une solution universelle, mais utilisé là où il présente un avantage clair : longues distances, ravitaillement rapide, utilisation intensive des véhicules, difficultés d’électrification directe. » Un cadrage que nous partageons pleinement dans notre approche de déploiement en Auvergne-Rhône-Alpes.
Le deuxième levier concerne l’implication des utilisateurs en amont du déploiement. Trop souvent, l’infrastructure précède la demande. Matteo Beccuti plaide pour l’inverse : « Il faut travailler dès le départ avec les transporteurs, les opérateurs logistiques, les entreprises multi-services, les gestionnaires de services et les constructeurs automobiles, afin de construire des projets adaptés aux besoins réels. »
Troisième priorité : simplifier la mise en œuvre. Procédures prévisibles, règles techniques homogènes, délais d’autorisation clairs, cadre stable pour les investisseurs. « Sur un marché jeune, l’incertitude opérationnelle peut être un frein autant que l’incertitude économique », souligne-t-il.
Un axe transalpin à imaginer ensemble
La vision portée par Envipark ne s’arrête pas au Piémont. Matteo Beccuti voit dans l’arc nord-ouest italien (Milan, Turin, Alexandrie, Gênes, et les corridors européens) un système à construire de manière intégrée, en combinant la densité de marché milanaise et les compétences industrielles et de recherche piémontaises. « La mobilité à l’hydrogène pourra se développer si ces zones parviennent à réfléchir ensemble, non pas dans une optique de concurrence territoriale, mais d’intégration des fonctions. »
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit la dynamique en cours entre HYmpulsion et ses partenaires italiens. Le corridor Lyon–Turin, via le tunnel du Fréjus, représente l’un des axes transalpins les plus stratégiques pour le fret européen. Des stations HYmpulsion jalonnent déjà ce corridor côté français à Vougy et St Egreve. Les échanges en cours autour de l’extension du réseau vers Turin, et à terme vers Milan, s’inscrivent dans cette même logique d’intégration que Matteo Beccuti appelle de ses vœux : construire non pas des projets isolés, mais des filières solides, à l’échelle où les flux de transport s’organisent réellement.






